Fantasias – Fierté nationale

Vue d’installation
Année
2025
Technique
Transferts d’images et acrylique sur panneau de bois sculpté
Dimensions
90 × 71 cm
Échelle — Silhouette de 1,70 m

« Un lieu où l’image ne se contente plus de voyager, mais où elle est reconfigurée, interrogée, réinvestie. »

Cette œuvre prend appui sur des cartes postales coloniales du Maroc, issues de la période du protectorat français, utilisées historiquement comme outils de diffusion d’un imaginaire folklorisé et hiérarchisé. Ces images, souvent présentées comme des scènes pittoresques ou des « types indigènes », participaient à une mise à distance du réel, figeant les corps et les pratiques dans une vision exotisante.

Le support, découpé en forme de timbre géant, fait référence à la circulation contrôlée de ces images, à leur diffusion massive et à leur rôle dans la construction d’un regard colonial. Le timbre devient ici un espace de renversement : un lieu où l’image ne se contente plus de voyager, mais où elle est reconfigurée, interrogée, réinvestie.

Sur cette surface, un ensemble de cartes postales transférées forme un arrière-plan fragmenté, sur lequel se détache un cavalier de tbourida peint à la main. Ce geste pictural réintroduit le corps, le mouvement et la fierté dans une archive qui les avait neutralisés. Le cheval, figure centrale de l’imaginaire marocain et symbole historiquement visé par l’entreprise coloniale, devient ici un acte de résistance visuelle.

L’œuvre ne cherche pas à corriger l’archive, mais à en révéler les tensions, les silences et les couches idéologiques. En superposant transfert, découpe et peinture, elle propose une lecture située et sensible de l’histoire, où la création devient un moyen de réactiver la mémoire, de déplacer le regard et de faire émerger un contre-récit à partir d’un héritage imposé.